You are currently viewing Le journal d’Onet Technologies au Japon – 3/4

Le journal d’Onet Technologies au Japon – 3/4

Episode 3 – Dossier spécial

10 ans du Séisme de 2011 de la côte Pacifique du Tōhoku

Le 11 mars 2021 marquait les 10 ans du Séisme de 2011 de la côte Pacifique du Tōhoku. Une multitude d’articles ont été publiés dans la presse japonaise et étrangère à cette occasion. Ce dossier vous redonne quelques éléments pour faire le point sur cette catastrophe et son impact sur l’industrie nucléaire.

Beaucoup de journaux, en France comme ailleurs, ont  parlé des « 10 ans de Fukushima ». Il est plus correct de parler de la Grande Catastrophe de l’Est du Japon. D’une part pour ne pas oublier les dégâts causés par le séisme et le tsunami et d’autre par car « Fukushima » est une Préfecture, que l’on pourrait comparer à un Département français. Fukushima (littéralement Île du Bonheur / de la Fortune) est préfecture particulièrement réputée pour sa gastronomie, issue d’une agriculture et pêche riches et variées. Ainsi, lorsque l’on veut parler de la centrale nucléaire, il est préférable de dire la « Centrale de Fukushima Daiichi » (Daiichi signifiant N°1).

La situation sur le site de la centrale de Fukushima Daiichi

On entend parfois des critiques assez dures envers TEPCO, dont l’image a été impactée par l’accident,  pointant notamment la lenteur du démantèlement. Vu de France, et avec une expérience dans le démantèlement, nous avons plutôt l’impression que l’assainissement et le démantèlement du site de Fukushima Daiichi a réalisé des progrès considérables.

Environs 4000 personnes travaillent quotidiennement sur le site. TEPCO y a déplacé en 2020 son ingénierie du démantèlement, la Fukushima Daiichi D&D Engineering Company, dans un bâtiment spécialement construit. Il s‘agit d’un grand bâtiment sur trois niveaux, sans fenêtres, avec une porte d’entrée blindée, dans lequel les équipes de TEPCO s’affairent dans des plateaux ouverts où l’on repère les chefs d’équipes à leur brassards. La situation sur site est sous contrôle en matière de sûreté, mais il semble que la dynamique de réponse à la crise soit restée.

L’assainissement du site permettant aujourd’hui, sauf quelques exceptions, la réalisation du travail en habits civils et le retrait du combustible des piscines de stockage étant bien engagé, les deux problématiques principales sont actuellement la gestion de l’eau contaminée et le développement d’un scénario de démantèlement des réacteurs dans lesquels le combustible a fondu, auquel Onet Technologies contribue !

Concernant la gestion de l’eau contaminée, le Japon devait prendre un décision difficile avec un calendrier se resserrant en 2021. Plus de 1000 cuves, d’une capacité d’environ 1000 m3 chacune, sont utilisées pour l’entreposage de l’eau. Il s’agit principalement d’eau décontaminée par le procédé ALPS (Advanced Liquid Processing System) qui permet le retrait de la plupart des radionucléides mais pas le tritium. La capacité totale des cuves (actuellement 1.37 millions de m3) sera atteinte à l’été 2022 et TEPCO ne pouvait pas continuer à augmenter cette capacité éternellement. Deux solutions étaient envisagées : L’évaporation de l’eau ou le rejet en mer. Le tritium est un radionucléide dont le rejet par les sites nucléaires est autorisé dans les limites réglementaires et l’AIEA  a confirmé que les deux options envisagées étaient conforment aux pratiques internationales. Le gouvernement japonais a annoncé le 13 avril 2021 choisir le rejet en mer après dilution qui, selon les études menées, est l’option qui minimiserait l’impact sur les populations. Suite à cette décision, les rejets devraient débuter dans 2 ans (avril 2023).

TEPCO – Vue sur les cuves d’entreposage de l’eau

Autour du site, dans la préfecture de Fukushima et au-delà, deux challenges sont à relever : La décontamination de l’environnement et la revitalisation socio-économique de la région.

Pour la décontamination, les opérations ont été entreprises par zones, classifiées sur la base de la cartographie radiologique. Au total, près de 17 millions de m3 de déchets, notamment des terres, ont été générés. Ces déchets sont actuellement transportés sur le site de la centrale où ils seront traités et entreposés jusqu’en 2045, dans l’attente d’un exutoire final. L’essentiel de ces opérations est terminé, car l’ordre d’évacuation ne reste en vigueur qu’autour de la centrale sur une zone représentant 2.5% de la superficie de la Préfecture de Fukushima. Cette « zone où le retour est difficile » fait l’objet d’actions ciblées, décidées entre les autorités et les populations.

Concernant la revitalisation de la région, malgré la levée des ordres d’évacuation, le taux de retour est d’environ 20-30% dans la zone décontaminée « SDA » (Special Decontamination Areas) où la dose annuelle dépassait 20 mSv/an après l’accident. De plus, les retours concernent principalement des personnes âgées : La zone compte 1/6 des écoliers par rapport à avant l’accident et il semble que les jeunes qui ont trouvé un emploi ailleurs ne reviendront pas. 40 000 personnes conservent le statut d’évacués de Fukushima et une minorité (~10%) semble prête à revenir dans les localités les plus proches de la centrale. Le gouvernement japonais a créé une Agence de la Reconstruction qui coordonne les investissements pour réhabiliter ces zones et leur donner un avenir. En particulier, le programme Fukushima Innovation Coast Framework a pour objectif d’attirer des projets et entreprises dans les domaines de la rechercher et de l’innovation.

L’impact de l’accident sur l’industrie nucléaire

Cet accident a eu un impact planétaire sur l’industrie nucléaire, dont font partie les réglementations « post-Fukushima Daiichi ».

Au Japon, le secteur a été transformé par une refonte de l’Autorité de Sûreté, devenu la NRA en 2012, suivie par une révision des standards. Suite à l’accident, la flotte nucléaire japonaise qui comptait 54 tranches a été mise à l’arrêt. L’énergie nucléaire produisait 30% de l’électricité du Japon.

Pour redémarrer une centrale, son exploitant doit réaliser les études et travaux de modernisation conformément aux nouveaux standards et obtenir l’approbation de la NRA. Le processus ne s’arrête pas là, car l’exploitant doit également obtenir le consentement du public vivant dans la localité de la centrale et cette décision est rendue par l’autorité judiciaire locale compétente. Concrètement, le redémarrage de la flotte nucléaire est complexe et peut échouer pour deux raisons : La décision prise par l’exploitant lui-même de ne pas redémarrer une installation ou le rejet du public y compris lorsque les travaux de modernisation ont été effectués et approuvés par l’autorité de sûreté. A noter que comme les réacteurs de puissance, les installations nucléaires du cycle ou de recherche sont aussi concernées par ces procédures.

Le redémarrage des centrales a pris plus de 4 ans à se concrétiser et a commencé par la centrale de Sendai 1 en août 2015. Aujourd’hui, le bilan est assez maigre : 24 tranches ont été définitivement mises à l’arrêt et seront démantelées. Sur les 30 restantes, la NRA a rendu un avis favorable pour 16, dont 9 ont reçu l’autorisation finale de redémarrer.

Pour compenser ces pertes, le Japon a intensifié sa consommation d’énergies fossiles, principalement : Le pétrole, le charbon et le gaz. En 2019, ces trois sources représentaient 87% de la consommation d’énergie totale en notant de plus que le Japon importe la quasi-totalité des combustibles. La politique énergétique du Japon prévoit un mix à l’horizon 2050 composé de : 50% d’énergies renouvelables, 10% d’hydrogène et 40% d’énergie thermique (avec séquestration du carbone) et nucléaire. Pour cette dernière composante, le gouvernement ne s’est pas prononcé sur la portion de nucléaire dans les 40% et il faudra attendre la déclinaison de cette feuille de route attendue en 2021 pour en savoir peut être plus.

Pour aller plus loin :

Une vidéo, mise à jour périodiquement par TEPCO, résumant les challenges surmontés depuis l’accident et les travaux en cours (langue anglaise) :

Le site internet « Inside Fukushima Daiichi » qui propose une véritable visite guidée virtuelle de la centrale (langue anglaise) :

Le dossier « Le Point Fukushima – 10 ans après » rédigé par le Service Nucléaire de l’Ambassade de France à Tokyo (langue française) :

Le livre « Masao Yoshida, directeur de Fukushima » que vous pouvez télécharger gratuitement en .pdf. Il s’agit d’une traduction en langue française de l’intégralité des auditions de Mr. Yoshida par la commission d’enquête gouvernementale sur l’accident.

Laisser un commentaire